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La Libération de Morlanwelz - le 4 septembre 1944

C’était un dimanche, notre premier dimanche de liberté...

Au milieu des débris des colonnes allemandes en retraite, nous avions vu surgir nos braves soldats, l’arme au poing ; ils s’élançaient partout, chassant le Boche.
Un colonel allemand et un de ses officiers, qui viennent de se rendre à eux, déclarent qu’une quinzaine de soldats, cachés dans le bois entre Cronfestu et Hayettes, désirent se rendre.
Aussitôt les commandants entreprennent l’opération, avec une trentaine d’hommes.
Dès la pointe S. du bosquet, une progression “en tirailleur” les porte à la lisière du bois et la fusillade s’engage.
Tout à coup, deux drapeaux blancs apparaissent dans le camp ennemi : les Boches se rendent. Nos soldats, confiants, se portent en avant quand brusquement les drapeaux s’abaissent, des rafales de mitraillettes crépitent.
Les Boches viennent de commettre un nouveau forfait. Camouflés dans le feuillage, ils voyaient venir les nôtres à terrain découvert et les fauchèrent avec des balles explosives, déchiquetant les corps.
On relève 9 cadavres, nos amis Arquin, Baccus, De Brabander, Geldhof, Godrie, Lannoy, Milon, Rems, Vervaet, et 3 blessés ; de ces blessés, 2 mourront le lendemain ; ce sont le commandant Créteur et le soldat Blavier.
Les barbares nous ont tué lâchement 11 hommes.
C’était un dimanche, notre premier dimanche de liberté...

Le Patriote, n°19 - Septembre 1944 - In C.H.A.M. Septembre 1994, page 36

Photos : “Les G.Is. venaient de Cronfestu par des chemins de campagne (Trou à Marlette). Après l’arrivée des deux avions, les soldats sont repartis, se dirigeant probablement vers Morlanwelz.” - Ces renseignements et photos émanent de M. Achille Van Yperseele, avec l’aimable collaboration de M. Patrick Darcheville.

Souvenirs de la Libération

J'avais 6 ans en 1944. Je me souviendrai toujours de cette journée du 4 septembre, un lundi venteux et ensoleillé. La joie était dans nos cœurs : les Américains arrivaient. Nous allions être libérés après quatre années de guerre, de privations, de sacrifices et de drames. En début d'après-midi, mon père Moïse me prit par la main et me conduisit à la Chaussée Brunehault, près de la Haine. L'attente fut interminable. Soudain des cris : "Ils sont là !"
L'image du premier char débouchant au-dessus de la côte, venant de Binche, restera à jamais gravée dans ma mémoire. Il était suivi par des douzaines d'autres. Quel bruit ! Quel spectacle ! Inoubliable.

Juchés sur leurs chars, les "Yankees" défilaient, les visages marqués par la guerre, mais heureux de l'accueil que la population de Morlanwelz leur réservait. Ils nous lançaient du chocolat et des tablettes d'un produit inconnu, le fameux "chewing-gum" que nous nous disputions allègrement. La liesse était totale.
Sur le chemin du retour, en arrivant près de la rue Avertiaux, une grande effervescence régnait. La rue Belle-Hôtesse, où nous habitions, était noire de monde. Que se passait-il ?
Le pillage organisé de deux maisons. L'une située au coin des rues Avertiaux et Belle-Hôtesse et occupée par Raoul Monnoyer, dont la femme était modiste ; l'autre sise plus haut dans la rue Belle-Hôtesse (aujourd'hui le magasin G. Delvaux) appartenant à un grossiste Camille Brux, dont les grandes vitres avaient volé en éclats. La foule s'en donnait à cœur joie.
Tout était bon à être emporté. Certains posaient sur leur dos des sacs de pommes de terre ou de charbon ; d'autres emmenaient des meubles, des objets les plus divers, plusieurs poussaient un piano…

Ma mère, un peu effrayée, nous attendait sur le seuil. Elle nous raconta que la nouvelle de l'arrivée des Américains avait provoqué cette mise à sac. La colère du peuple est toujours terrible. Les gens en voulaient énormément à ces deux "collabos" qui ne se privaient de rien alors que eux crevaient de faim.
Les gens entraient les mains vides et en sortaient lourdement chargés. Pendant ce temps, des résistants en arme, présents sur les lieux, surveillaient discrètement cette vindicte populaire afin que celle-ci ne s'étende à d'autres maisons de la rue. Une fois le soir, le calme revint.
Une femme, amie de mes parents, habitant Bellecourt, avait pris quelques revues " Signal " qu'elle oublia chez moi : ce fut mon premier contact avec cette publication qui vantait les " exploits " des troupes nazies.

Mes souvenirs de cette journée s'arrêtent ici. Mais le 4 septembre 1944 fut aussi hélas jour de larmes. Avant l'arrivée des Américains, la Résistance reçut une information précisant qu'un groupe de " Boches " en fuite se cachait du côté de Cronfestu dans le bosquet Duchâteau. Une trentaine de résistants partis de Trazegnies se rassemblèrent aux Hôtelleries. De là, ils gagnèrent le domaine du Groseillon pour intercepter ces ennemis.
Vers 16h40, les Allemands firent semblant de se rendre en agitant un drapeau blanc. Les résistants se découvrirent et furent fauchés par des rafales de mitrailleuses dissimulées sous les arbres.

Douze hommes, douze braves périrent ainsi le jour de la Libération. Un monument leur est dédié à la rue de la Résistance. Sur le marbre sont gravés les noms de : Arquin Fernand, Bacus Marcel, Blavier Mathieu, Creteur Jacques, De Brabanter Achille, Geldhof Jules, Godrie Gustave, Lannoy Pierre, Milon Henri, Rems Alban, Vervaet Gustave et Wasmes Henri.

La population morlanwelzienne et des alentours fut atterrée. Le Conseil communal, réuni à 15 heures sous la présidence de L. Guinotte, Bourgmestre, suspendit immédiatement ses travaux en signe de deuil.
Une chapelle ardente fut établie à l'Ecole Technique d'où partit le long cortège funèbre le 7 septembre, un jeudi. La foule se pressait derrière les familles éplorées. Triste épilogue à une joie intense.
Quelques jours plus tard, la femme Monnoyer et la fille Brux furent arrêtées, ramenées à Morlanwelz et promenées dans les rues le crâne rasé et une pancarte autour du cou avec le seul mot "traître".

Maurice VASSART

C.H.A.M. Septembre 1994 - pages 33 et 34.

60 ans… déjà

C’est le 4 septembre 1944 exactement que les divisions blindées de la 1ère armée américaine du général Hodges apparaissaient à Gronfestu, venant de Binche, et par la Chaussée Brunehault, fonçaient vers le « Placard », un point de leur carte d’Etat-Major sur la route encore longue vers l’Allemagne et la victoire finale.

Une folle chevauchée de monstres d’acier qui nous délivraient, d’un coup, de quatre années d’une occupation, sinistre toujours, sanglante parfois, qui nous avait ravalés au rang de sous-hommes sous la coupe d’Allemands qui se prenaient pour la race des seigneurs.

Quatre ans pendant lesquels on se méfiait de tout le monde, parfois même de ses voisins. Car le seul fait d’énoncer une réflexion qui n’était pas dans la ligne correcte de l’idéal nazi et allemand pouvait vous envoyer au camp de concentration.

Et beaucoup d’entre nous, excédés et meurtris dans leur honneur d’homme, ont préféré vivre comme des taupes, la nuit venue, pour commettre des actes que l’on désignerait maintenant comme du grand banditisme. C’était tout simplement ce que nous désignions comme « de la résistance ». Sachant parfaitement que le risque final était toujours la torture et le camp de concentration, et souvent la décapitation à la hache ou la strangulation au garrot.

Ce fut donc le 4 septembre 1944 que ce terrible cauchemar prit fin dans une explosion de joie indescriptible qui restera à jamais gravée dans les mémoires. Mais joie bientôt tempérée par la tristesse quand on apprit qu’aux « Groseillons », au cours de cette journée, douze résistants tombaient en livrant combat à une colonne allemande en retraite.

L’Administration Communale et les Groupements Patriotiques de Morlanwelz se devaient de marquer le 60ème anniversaire de cette journée exceptionnelle et de la remettre dans la mémoire de la collectivité par une manifestation importante. Elle a eu lieu les 4 et 5 septembre 2004.

Ernest Philippe,
Président des Groupements Patriotiques.