Mariemont, phalanstère en 1709-1711

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Mariemont - phalanstère
en 1709 - 1711

Par son dernier testament, le roi d'Espagne, Charles II, avait laissé toutes ses possessions à Philippe d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, qui, en 1701, céda nos provinces à son grand-père.

L'acceptation de ce legs provoqua l'entrée en guerre de l'Autriche, de l'Angleterre et des Provinces-Unies contre la France.

Notre territoire, une fois de plus, devint un champ de bataille. Les armées alliées, commandées par John Churchill, duc de Marlborough et par le prince Eugène de Savoie, remportèrent les victoires de Ramillies, non loin de Nivelles, en 1706, et d'Audenaerde, en 1708.

Le gouverneur de nos provinces, Maximilien-Emmanuel de Bavière, passé au service de Louis XIV, s'installa à Mons. Bon viveur, il venait gaillardement se distraire avec sa petite cour dans le domaine de Mariemont, où il avait fait réaliser d'importants travaux de restauration.

En 1709, les alliés obligèrent Tournai à capituler, puis vinrent investir Mons. La bataille de Malplaquet, livrée pour dégager cette ville, précipita sa chute au contraire.

Pendant ce temps, pour échapper aux réquisitions, aux pillages et aux massacres qui accompagnaient toutes les armées en campagne, les habitants de Morlanwelz et de la région se réfugièrent dans le château de Mariemont.

Un rapport daté de 1711 "sur l'état de Mariemont après que ceux des environs s'y soient réfugiés pendant le siège de Mons en 1709 et après", donne des détails tellement précis qu'il apparaît intéressant de le publier en modernisant légèrement le texte et en l'abrégeant. On se rendra compte ainsi de l'importance du château, des personnes qui y cherchaient refuge, des provisions et du mobilier qu'on y entassait, des déprédations et même du prix des loyers.

"Le dessous du quartier de son altesse, qu'on appelle les offices" : Philippe Demeuldre, de Saint-Vaast, occupe la première salle, dans laquelle on a renversé un sac d'escourgeon et 2 muids de pois ; on y a percé le châssis de la porte, qui est de pierre bleue, pour y plomber un gros anneau de fer, et la porte elle-même pour y mettre une serrure pendante. La deuxième, occupée par Ferdinand Gilbert, le censier de Nazareth à La Hestre, depuis juillet 1711, contient un demi muid d'avoine, une rasière d'épeautre, 2 cuvettes de beurre, 2 coffres, un fusil, un jambon, une table, une canne en cuivre et quelques petits meubles ; il y manque un carreau de fenêtre et il y en a 3 autres emportés par le vent.

La troisième et la quatrième sont occupées par le curé de Morlanwelz il y manque 6 vitres et les meubles sont emportés.

Dans la cinquième, occupée par Pierre Hermant, de Saint-Vaast, on a trouvé 3 muids d'avoine, un muids d'épeautre, de l'escourgeon, un sac de poids, 2 rasières de blé, 3 assiettes et quelques petits meubles; 4 vitres détachées par le vent.

Partie appelée Donjon :

Dans la chambre du marquis de Grana, le grain que le sieur Duvivier, chapelain de La Hestre, y avait mis sécher, s'est noirci. Il manque une vitre.

Le long de l'escalier royal, on a trouvé 2 grandes vitres emportées par le vent.

Dans la chambre occupée par le curé de Haine-Saint-Pierre, on a trouvé 5 muids de froment, 5 de blé, 10 d'avoines, 2 d'escourgeon; ce curé paie 7 écus par an et 100 bottes de paille, celui de La Hestre en paie 8. Il manque 2 vitres.

Dans la chambre occupée par Charles Cocke, on a trouvé 4 muids d'épeautre, 5 de blé, 1 de froment, et 3 de pois. Loyer : 8 écus et 2 rasières d'avoine.

Dans la chambre occupée par Antoine Bosquet, on a trouvé 8 muids de blé, 4 d'escourgeon et quelques petits meubles. Même redevance.

Dans une petite chambre occupée par Staquet, on a trouvé 7 muids d'épeautre, 2 rasières de blé en paille et 3 vitres cassées.

Dans la chambre du comte de Hornes occupées par Deltenre, on a trouvé 5 muids de blé, des meubles et 3 vitres cassées. Loyer : 12 florins par an.

Dans la chambre du général Danco occupée par Sauvy, on a trouvé 2 muids d'escourgeon, 4 1/2 de blé, 7 d'avoine et 2 rasières d'orge et d'escourgeon. 7 vitres emportées par le vent. Loyer : 30 livres, 1/2 muid d'avoine.

Dans la chambre occupée par Delval, on a trouvé 4 muids de blé, 1 1/2 d'escourgeon, 1 1/2 de froment, 1 de paille, un lit de plume, un petit coffre, une cuvette de beurre, quelques meubles. Loyers : 10 florins par an.

Dans la chambre occupée par Marit, 2  1/2 muid de blé, 1 d'escourgeon, une rasière de froment, 4 d'avoine, 1 muid de blé, 2 coffres, un chaudron, une marmitte de cuivre. Le logement gratuit parce que le locataire est garde-chasse.

Guillaume Descamp occupe une petite chambre où il n'y a plus rien ; il paie un loyer de 7 florins.

Dans la partie appelée sommet du donjon, 15 chambres abritent Harda, Motte, Lossart, Wart, Waterlot, Denanur, Rivage, Petit. Toutes contiennent des vivres, ont des vitres cassées, des planchers enlevés, du plafonnage tombé. Elles rapportent 88 florins par an et 1/2 muid d'avoine.

La partie appelée Basse-cour comprend 12 chambres occupées par Wart, Dupont, Frogneu, Poplimont, Ottelez, Rivage, Dumont, Denamur, Deselle, Bartholomé, Jaupin. Partout les mêmes provisions et un rapport de  73 florins.

Au troisième étage de ce même quartier de la Basse-cour :

Dans la première chambre : Dirique : 2 rasières de froment, un sac de blé, de l'orge, et quelques meubles : 7 florins.

Dans la deuxième chambre : Leroy et Empain : du blé, de l'épeautre, 2 coffres, quelques meubles : 7 florins.

Dans la troisième chambre : Hoyaux et Denamur : du blé, de l'escourgeon, de l'épeautre : 8 florins.

Dans la quatrième chambre : Ransart et Lechien : blé et grain, 3 coffres et quelques meubles : 9 florins

Dans la cinquième chambre : Leroy, Dirique et Paradis : froment, blé, épeautre : 7 florins

Dans la sixième chambre : Deltenre et sa soeur : 6 sacs de grain, plein de meubles : 7 florins 1/2

Dans la septième et huitième chambre : Duriaux, jeune et vieux : 19 florins 1/2

Dans la galerie qui conduit à la chapelle, 4 chambres sont occupées par Léonard, Dougneau, Quériau ; elles rapportent 16 florins

Dans le quartier des ministres, le curé d'Haine-Saint-Paul, Rossart, Soupart, Toussaint et Quedremont occupent 6 chambres et paient un total de 91 florins.

Dans le quartier du duc d'Aerschot et des veneurs, on note la présence de Manderlier, Hellin, Drugmand, Dirique, Coche, Bury, Roulez, Cordier, Dupont, Ducoeur, ..., qui y ont également entassé des provisions. Partout il y a des vitres cassées, des planches arrachées, des escaliers branlants. Bref, les dégats sont considérables, mais ils seront réparés quelques années plus tard. Le rapport est signé par André, receveur de domaine du roi à Binche, Staquet, notaire royal, et Navet, homme de fief ; il est daté du 19 décembre 1711.

 

 

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