Mariemont, oasis intellectuelle
et artistique
Par un testament daté de 1917, Raoul Warocqué a
légué à l’Etat belge le Domaine de Mariemont que sa famille avait pu
reconstituer depuis le début du XIXème siècle, moment où le Montois Nicolas
Warocqué, déjà acquéreur d’une partie de l’ancien domaine abbatial de l’Olive,
était venu s’installer dans la maison de l’ancien sur-intendant du douaire
aménagé dès le XVIème siècle par Marie de Hongrie, pour diriger l’exploitation
minière dont il était parvenu à arracher la concession au gouvernement
français (1802).
Hommes d’affaires exceptionnels, les
Warocqué
se constituèrent une fortune considérable qu’ils utilisèrent en partie pour
rassembler des trésors qu’il serait trop long d’énumérer ici.
Le rôle le plus important fut joué par Raoul
Warocqué qui porta son intérêt dans quatre directions différentes : les
chefs d’œuvre des grandes civilisations anciennes, les produits des
industries d’art hennuyères, les objets des époques romaine et
mérovingienne trouvés dans le sol du Hainaut, sa bibliothèque pour laquelle
il rechercha les éditions les plus belles, les reliures les plus riches, les
autographes les plus rares.
Pendant les premières années qui suivirent le
legs, tous ces chefs-d’œuvre ne purent être admirés ou compris que par un
petit nombre. C’est le mérite de Paul Faider, nommé conservateur à
Mariemont après avoir été professeur d’université, d’avoir pensé au
profit que l’on pourrait tirer de ces richesses tant sur le plan artistique,
et à leur intérêt pour le grand public. C’est celui de Madame Faider d’avoir
réalisé les projets de son mari, mort en 1940.
Depuis 1945, ce patrimoine artistique ne cessa de
s’enrichir grâce à des dons, à l’action des " Amis de
Mariemont " et à des subsides importants de l’Etat.
Ainsi, la bibliothèque, riche de quelque
soixante mille volumes et d’inestimables reliures du XVème au XIXème siècle, s’est complétée de quelques exemplaires bien choisis de reliures
contemporaines. La section chinoise, représentée par des objets remontant aux
trois derniers siècles, prit son sens véritable lors de la création d’une
salle dite de " Chine archaïque " dans laquelle les bronzes
, la céramique, la sculpture, les jades " préfigurent glorieusement
l’éclat des siècles suivants " . La céramique et la sculpture
grecques, de très belles pièces étrusques et romaines représentent l’ancienne
civilisation méditerranéenne. Elles constituent un ensemble tel que les
spécialistes ne peuvent omettre de les citer et de les analyser lorsqu’ils
étudient l’histoire de l’antiquité. La porcelaine de Tournai, la plus
célèbre des industries d’art de notre province, avait séduit à ce point
Raoul Warocqué qu’il était parvenu à se constituer la collection la plus
complète du monde. Quelques dons et quelques achats judicieux permettent
aujourd’hui de suivre absolument toute l’évolution de la célèbre
manufacture scaldéenne. Enfin, le châtelain de Mariemont avait financé les
recherches archéologiques gallo-romaines et mérovingiennes dans la région. Le
riche matériel déjà rassemblé ne cesse de s’augmenter grâce aux fouilles
systématiques entreprises chaque année par madame Faider, surtout à
Fontane-Valmont.
Mais il ne suffit pas de collectionner des
objets, qu’ils soient précieux comme la statuaire grecque, par exemple, ou
modestes comme la poterie mérovingienne .
Encore faut-il trouver la présentation qui
satisfasse les érudits et les profanes. Cette tâche est poursuivie avec une
telle exaltation que chaque année nous réserve la surprise d’un
renouvellement complet de la mise en valeur adaptée à chaque section pour en
souligner la beauté et l’importance scientifique, pour préciser l’interférence
des civilisations.
Ce travail tenace, évoqué ici d’une manière
volontairement incomplète, ces richesses placées dans cet écrin si précieux
que constitue le merveilleux parc de pur type anglais, tout cela faillit
disparaître dans l’incendie de 1960. Heureusement les pertes furent minimes.
Malgré la destruction du bâtiment central, quelques mois suffirent pour
trouver aux objets une présentation provisoire, mais au prix de quels
efforts !
Dans quelques mois, avant la fin de l’année,
sans doute, commenceront les travaux de reconstruction, ou mieux de construction
car il s’agit d’édifier un musée qui se classera parmi les plus beaux d’Europe.
mais pendant les travaux, les salles actuelles seront inaccessibles au public.
Alors, amis lecteurs, profitez de ces quelque
mois d’été pour voir ce qu’il en est à présent, vous apprécierez mieux
ce qui se fera dans les prochaines années.