LEON WAROCQUé
Fils aîné d'Abel, Léon Warocqué
est né à Mariemont en février 1831. Sa santé délicate nécessita, dès son
jeune âge, de fréquentes interventions médicales. L'enfant calme et faible se
voyait offrir bonbons et livres de contes, alors que son frère Arthur,
plein de vie, recevait sabre et tambour. On leur donna à tous 2 différents
précepteurs : Guillery pour les mathématiques et Paul Lauters, un aquarelliste
de valeur pour le dessin. Ils apprirent l'allemand, l'escrime, la danse.
Gâtés, ils furent comblés de jouets : âgé de 10 ans, Léon reçu une
montre en or d'une valeur de 180 francs-or ou 9.000 frs d'aujourd'hui.
Ces enfants se passionnèrent pour
l'histoire naturelle. Ils se constituèrent une collection d'oiseaux empaillés,
s'occupèrent de leur basse-cour et d'un coin de jardin. On leur offrit offrit
une édition de Buffon en 4 volumes. Ils s'achetèrent les 50 livraisons de
Cuvier sur les insectes et les 23 livraisons sur les crustacés.
Léon fit sa première communion à
Morlanwelz, le 25 mai 1842, ce qui fournit aux parents l'occasion d'acquérir un
nouveau break (55.000 frs d'aujourd'hui), d'offrir 750 frs aux enfants de choeur,
10.000 frs au curé et au vicaire, et un tapis de 20.000 frs pour l'église. Doux et
intelligent, Léon se passionna pour la chimie et obtint de beaux résultats
scolaires.
Comme les voyages forment la
jeunesse, les parents offrirent aux 2 jeunes gens de fréquents séjours à
Bruxelles, à Mons ou à Valenciennes, et des voyages à la mer, dans les
Ardennes, en Autriche, en Italie, en Angleterre, au Danemark, en Norvège et en
Laponie; Léon alla même en Afrique en 1859. Tous 2, grâce à des
remplaçants payés plus de 50.000 frs, furent dispensés du service militaire.
A 30 ans, Léon Warocqué épousa,
à Lille, une exquise jeune fille, Louise Vallon, fille de Paul Vallon, préfet
du département du Nord, et de Louise Grundler. Ce fut un mariage grandiose,
pour lequel on lança plus de 3.600 faire-part. Mais l'idylle tourna à la
tragédie : la jeune femme prit froid au cours du voyage de noces et mourut à
Mariemont le 21 septembre 1861, âgée de 18 ans et 5 mois. Léon, avec beaucoup
de dignité, restitua la dot aux parents de la jeune femme et, pour perpétuer
son souvenir, fit construire à Morlanwelz l'hospice Louise. Le jour des
funérailles, il distribua aux pauvres de la commune, du pain et de la viande
pour une valeur de 50.000 frs, comme on en avait distribué pour 60.000 lors de
son mariage.
En 1862, il effectua un voyage en
Ecosse avec ses parents. Deux ans plus tard, il épousa Elise Libert, fille d'un
industriel de Nimy-Maisières, Pierre Libert, et de Octave Fischer. Mais
là encore, nouvelle tragédie : une fille, née de cette union, en 1865, ne
vécut que quelques jours.
Les honneurs et la richesse ne
purent compenser qu'en partie les drames familiaux. Conseiller provincial, Léon
Warocqué devint aussi bourgmestre de Morlanwelz à la mort de son père, en
1864. Administrateur des charbonnages de Bascoup et de Mariemont, il n'eut
guère l'occasion de donner toute sa mesure. Il eut cependant le temps de faire
construire la cité de la Rue Notre Dame, de lancer, avec Lucien Guinotte,
l'idée de sociétés coopératives de consommation, de sociétés de secours
mutuels et d'épargne, de créer, en 1866, un cours de dessin qui se donnait le
dimanche matin dans les combles de l'ancienne école primaire de garçons,
premier pas vers la fondation d'une école industrielle. On lui doit aussi
l'organisation de conférences publiques d'arboriculture fruitière. Les cours
pratiques se donnaient dans le jardin de l'école communale des filles à
Morlanwelz, où existaient des poiriers en pyramide, des pêchers, des
abricotiers, des cerisiers en espaliers, quelques vignes et des "arbres en
haut vent". Comme les sentiers y étaient trop étroits pour permettre à
un grand nombre de personnes de suivre facilement la démonstration, Léon
Warocqué proposa de créer un jardin modèle et d'offrir des arbres fruitiers
aux éditeurs les plus assidus. L'initiative rencontra le succès espéré. 80
personnes prirent leur inscription et suivirent les cours avec grande attention.
Un rapport adressé au ministre de l'Intérieur précise que "pas une
interruption malséante ne s'est produite, mais seulement des demandes
d'explication faites en termes convenables".
Lorsque Léon Warocqué mourut, en
1868, des suites d'un accident, on expédia 4.000 faire-part et on distribua
pour 100.000 frs de pains aux pauvres.
