Les Fêtes de Mariemont en 1549
Charles-Quint, empereur d’Autriche et d’Allemagne,
roi d’Espagne et des colonies espagnoles en Amérique, prince des Pays-Bas, le
souverain sur les terres duquel le soleil ne se couche jamais approche de la
cinquantaine et se sent vieillir rapidement.
Pour préparer à sa succession le prince
Philippe, élevé à Madrid, il décide d’organiser un fastueux voyage en
Italie, en Allemagne, dans nos provinces et de lui faire connaître la noblesse
et les grandes villes de ces pays.
De Barcelone à Gênes, cinquante-huit galères
sont nécessaires pour transporter toute la suite princière. De là commence un
voyage triomphal par Milan, Munich, Augsbourg, Luxembourg et Bruxelles où tout
ce monde arrive le 1er avril après cinq mois de voyage.
Le 22 août, le cortège impérial s’installe
à Binche, où Marie de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, vient de faire
construire par Jacques Du Broeucq un merveilleux château de style Renaissance.
Marie veut une réception exceptionnelle pour éblouir le prince et la noblesse.
Pendant six jours festins et bals succèdent aux
tournois et aux récits épiques. Le 28 août, au milieu des festivités, quatre
dames sont enlevées par des gentilshommes déguisés en sauvages.
" Bien qu’il fût plus de minuit ", disent les
chroniqueurs , on décida de poursuivre les ravisseurs et d’assiéger leur
refuge dans le parc de Mariemont à proximité d’un tout nouveau pavillon de
chasse. Un témoin, Juan Christoval Calvete de Estrella décrit ce
domaine : " On y voyait éclater partout la magnificence et
le goût de ceux qui l’avaient fait construire, qui réunit les agréments les
plus variés et les charmes les plus attrayants, tant à l’intérieur qu’au
dehors : ce ne sont partout que frais ombrages, parterres fleuris,
fontaines limpides, entourés d’une ceinture d’étangs et de beaux inouïes,
qui réunit les agréments les plus variés et les charmes les plus attrayants,
tant à l’intérieur qu’au dehors : ce ne sont partout que frais
ombrages, parterres fleuris, fontaines limpides, entourés d’une ceinture d’étangs
et de beaux et grands bois qui encadrent une perspective étendue de plaines
verdoyantes et de bosquets odoriférants, où l’on voit bondir les troupeaux
de cerfs, de lièvres, de lapins et de menus fauves.
Dans le fond du vallon, pas très loin de la
Haine, Marie avait fait préparer un pavillon provisoire, protégé par un bon
fossé et une tranchée, pour abriter les ravisseurs dirigés par Philippe de
Lalaing, et quelques centaines de soldats bien armés, soutenus par des pièces
d’artillerie et une trentaine d’arquebusiers. Le 29, un millier d’hommes ,
sous les ordres du prince de Piémont, cernent le " château des
sauvages " et se livrent à un simulacre de siège. Pendant la
canonnade, Marie de Hongrie et ses illustres invités se mettent à table.
Vingt mille( ?) personnes sont accourues des
environs pour assister au banquet et à la petite guerre.
Le service de table est assuré par les
majordomes et par trois groupes de huit jeunes dames, luxueusement travesties en
déesses antiques, nymphes vêtues à la Florentine, naïades, dryades et
oréades. Quatre violons de la Cour costumés en Apollon les accompagnent, de
même que Bacchus, Silène et Pan, qui faisaient l’office d’échansons, et
une délicieuse Pomone de huit à dix ans, quatre faune, quatre satyres, Palès,
déesse des bergers et Diane.
Après le repas, la gracieuse petite Pomone
offrit à l’empereur, à Marie et au prince de "superbes et frais
bouquets d’œillets, liés avec des fils d’or et des perles" et
à la reine de France, veuve de François Ier et sœur de Charles-Quint, "un
riche éventail garni d’or, de perles et de pierreries avec un
miroir"
Puis, tout le monde se leva de table et se
rapprocha du balcon pour continuer à suivre le siège du
"château".
Les assauts se succédèrent commandés par le
prince de Piémont et par le prince de Ligne. " Il y eut mille beaux
détails, comme de jeter au-dessus des murs des simulacres d’hommes, de lancer
toutes sortes de feux d’artifice qui sans aucun danger faisaient plaisir à
voir ".En fin d’après-midi, on délivra les dames. Celles-ci,
" vêtues de brocard d’or orné de damasquinures " et
portant sur le tête " des turbans en forme de pyramides ouvragées à
jour ", furent conduites " auprès de S.M. Impériale dont
elles baisèrent les mains comme à leur libérateur ". L’Empereur
leur ayant demandé qui étaient ces sauvages qui les avaient ravies, elles
répondirent qu’il s’agissait de leurs maris, de leurs frères et de leurs
parents.
Après quoi, le cortège impérial reprit
joyeusement le chemin de Binche où, le soir, un nouveau festin suivi de bal
termina les fêtes de ce 29 août mémorable.
A Mariemont, il fallut remettre un peu d’ordre,
notamment renvoyer à Binche et à Mons les munitions et les pièces d’artillerie.
Les gens de Morlanwelz fournirent à cet effet
153 chevaux et reçurent pour cette prestation un peu plus de 100 livres. Cette
journée souligne bien la période de transition que fut le XVIème siècle. La
joute fameuse rappelle le moyen âge avec tout son esprit chevaleresque, mais
toute l’évocation mythologique annonce une nouvelle époque, la Renaissance.
Les contemporains affirmèrent qu’il n’y eut
pas de fête " plus pittoresque et plus animée ", mais il n’y
eut aucune réédition. Quelques années plus tard , en 1554, le roi de France
Henri II incendia les châteaux de Mariemont et de Binche, dévasta toute la
région. A Morlanwelz, les dégâts furent si considérables que les habitants
furent dispensés pendant un moment de payer leurs impôts.
