UNE EXÉCUTION MILITAIRE
CONTRE
MORLANWELZ EN 1658
La Belgique fut pendant les temps
modernes un des principaux champs de bataille de l'Europe. Au XVIIème
siècle, l'état de guerre y est presque normal : il oppose la France à
l'Espagne qui détient nos provinces.
En fait, il ne s'agit pas de la
lutte de 2 peuples, mais de la lutte entre 2 familles régnantes. Le peuple n'y
prend part que d'une manière passive, sans aucune espèce de passion.
Les armées étaient recrutées
parmi les populations les plus misérables, dans de véritable marchés d'hommes
où se retrouvaient les fainéant et les aventuriers. La discipline y était
d'autant plus difficile à maintenir que la solde était faible et
irrégulièrement payée, que les généraux s'inspiraient parfois plus de leur intérêt
que de leur fidélité. Chaque armée accablait de contributions de guerre et de
représailles la partie du territoire ennemi la plus proche, parfois même son
propre territoire, à tel point qu'on peut se demander quelles armées ont fait
le plus de mal : celle du souverain légitime ou celles de l'ennemi.
Que ce soit en 1635, en 1667, en
1673 ou plus tard, la guerre éclate donc entre la France et l'Espagne. Les
placards qui l'annoncent chez nous énumèrent tous les torts du souverain
français et assurent "devant Dieu et le monde" que le roi d'Espagne
n'est "ny autheur ny cause de l'infraction ny rupture de la paix, ny des
maux qui peuvent procéder de la guerre". En conséquence, ils défendent
de commercer avec l'ennemi ; ils enjoignent à la population civile de prendre
part, d'une façon effective, aux opérations de guerre dès l'approche de
l'ennemi : il faut "serrer les chemins publics par coupure d'arbres",
détruire les ponts, mettre les moulins hors d'usage, retarder la marche en
avant par des attaques à main armée ; il est interdit de payer des
"contributions" c'est-à-dire une certaine somme d'argent que l'ennemi
exigeait sous menace d'exécution militaire (pilotage et incendie).
Il se fait qu'en 1658, depuis 23 ans
que dure le conflit, les habitants de Morlanwelz avaient reçu plusieurs fois
l'ordre de verser leurs "contributions" aux Français. Mais le
gouvernement des Pays-Bas intervenait toujours en sens contraire et les invitait
même à s'organiser pour s'opposer à toutes incursion ennemie vers le Brabant
Wallon. Sur quoi nos Morlanwelziens furent d'accord pour autant que les villages
brabançons visés envoient des hommes pour leur prêter main forte. On fut vite
loin du compte : seuls les gens de Seneffe, alors brabançons, vinrent à une
vingtaine pendant un mois, mais s'éclipsèrent peu après.
Comme le danger semblait se
préciser, les intéressés demandaient instamment l'aide des villages voisins,
notamment celle de Trazegnies et de Chapelle-lez-Herlaimont. En vain. Le samedi
21 septembre, l'ennemi exécuta sa menace : "Les dits manants avertis 2
heures avant jour que les ennemis en nombres de 500 chevaux et de 200 hommes de
pied venaient pour piller et brûler leur village, ils n'ont eu autre
recours que faire donner la cloche incessamment jusque à l'aube du jour que les
ennemis les ont attaqués et faute e secours ils ont été contraints de se
sauver dans les bois". Les Français brûlèrent 27 des principales maisons
du village, les provisions de grain, de fourrage et de bois. C'était la brutale
exécution militaire.
Il ne restait plus aux habitants
qu'à se plaindre de l'isolement dans lequel ils étaient restés, à demander
une aide en hommes pour éviter le retour de pareille calamité et en argent
pour rebâtir leurs maisons.
Les archives ne nous disent pas si
l'argent vint, mais il semble que les ordres donnés aux habitants des villages
voisins par les autorités supérieures, rencontrèrent beaucoup de
mauvaise volonté. Ceux de Seneffe et de Gouy, par exemple à la Grattine,
refusèrent d'y rester et rentrèrent chez eux.
Il eut été intéressant de
connaître l'importance du village pour se faire une idée de l'ampleur du
désastre. Là aussi notre curiosité est déçue. Mais le souvenir de cet
incendie dura bien longtemps. Plusieurs fois les victimes en prirent prétexte
pour réclamer une exemption des impôt, ce qui leur avait été accordé un
siècle plus tôt, au moment où les Français avaient déjà incendié et
pillé le village, le château de Marie de Hongrie et l'abbaye de l'Olive.