Les baguettes tremblent d’impatience dans ses mains ; quelques coups d’essai…
les autres tamboureurs se sont levés, ont attaché leur tambour. Le batteur de
caisse attend. Tout est prêt. Les sociétaires se taisent, anxieux, attentifs
comme à un concert.
Le président commande : Tambour… Les
baguettes se lèvent, frappent.
Ah ! Ces premiers roulement de tambour…
En janvier, un samedi, chaque société
" fait sa soumonce en batterie ", comme on dit dans le
jargon carnavalesque. On annonce le carnaval. Nos danseurs font leurs premiers
pas dans la rue à cette occasion ; ils sont travestis : sarrau bleu,
casquette de soie noire sur la tête, mouchoir rouge autour du cou, sabots aux
pieds, apertintailles à la ceinture et ramons à la main. Tambours et caisses
marquent le pas. Les sabots claquent sur le sol, le martèle. Les ramons battent
la mesure.
Chaque samedi, à la soirée, plusieurs
sociétés, suivies de leurs " supporters " parcourent ainsi
le centre de la cité et rendent visite au local des autres sociétés.
Le dimanche précédant le dimanche gras, tous
les groupes sortent, accompagnés cette fois de leur musique complète, fanfare
et batterie. C’est une soumonce très appréciées.
C’est un petit carnaval, disent les visiteurs.
Les participants sont tous déguisés :
indiens emplumés, écossais, émirs,…
Tous ces travestis, luxueux ou modestes,
exécutent la danse du gille. Mais ce n’est
pas la dernière soumonce. Il y a encore
celle du samedi gras.
Ecoutons deux passants :
intindéz les tambours
C’est l’soumonce des Vis Grands-Pés
I sont d’in l’Belle Hôtesse
I da bî’ in cint
D’min in wuit c’est d’ja l’carnaval
Les " Vis Grands-Pés "…
Tous en chemise et bonnet de nuit, long caleçon blanc, un faux nez, en sabots,
un bougeoir à la main, la chandelle allumée. La tenue est simple,
volontairement.
Il suffit de visiter les armoires … Tout le
monde peut participer ; on se présente au départ, Place Albert Ier
à 6 heures du soir. La mise est modique, payée sur place. Et
vous ferez soumonce, devant une batterie locale. Si
vous êtes sceptiques, venez derrière la batterie. L’ambiance passe
par-dessus les tambours. Vous serez conquis.
LE FEUREU, UN DES PLUS BEAUX CARNAVALS DE
GILLES ET DE PAYSANS.
Nous sommes samedi, veille du Feureu.
Demain, c’est le grand jour ! Tout
est préparé. Depuis longtemps, le gille a
choisi son chapeau et passé marché avec son louageur. La
semaine dernière, il a examiné son matériel !…
Le ramons, le panier à oranges, les sabots qui
ont été ajustés car les brides doivent être bien fixées pour ne pas blesser
le pied, les mouchoirs et les barrettes sont là, d’une blancheur immaculée,
les cordons, les chaussons, enfin tous les accessoires, y compris les épingles
de nourrice. La paille qui doit servir à
bourrer le gille a été bien séchée et croquée. Les
renons sont collés sur les sabot, entre le bout et la bride.
Le costume et le chapeau ont été enlevés chez
le louageur ; dès leur arrivée au domicile du gille, tout est essayé,
examiné, rien ne doit clocher…
Le chapeau est déposé dans une pièce bien
chauffée pour gonfler les plumes, leur donner de l’ampleur.
Mais il est temps de se coucher…
LE DIMANCHE DU FEUREU
Le gille est levé tôt, quatre heures… après
un solide déjeuner, il endosse son beau costume. le bourreur est là ; de
sa main d’expert, il moule la paille sous la tunique et forme la bosse de
poitrine et celle de dos.
Le parachèvement de la tenue est le droit de l’épouse
ou de la mère. Elle porte la pèlerine, ajuste la barrette, noue le mouchoir
sur la tête, rectifie un petit rien, deci, delà. C’est que son gille doit
être le plus beau.
Dans la rue, on entend déjà les tambours. Il
est cinq heures. Ce sont les amis de sa
société qui viennent le prendre. Le
roulement se rapprochent. La porte s’ouvre. Ce sont eux. Poignées
de mains, accolades, un petit verre.
Le gille, prêt, nerveux, embrasse sa femme, se
tourne vers le tambour et d’une voix qui crie sa joie et son bonheur, lance le
commandement : tambour !
Et voilà ce petit groupe parti, dans la
demi-obscurité du matin chercher un autre gille.
Le carnaval commence…
Morlanwelz est en fête. C’est le Feureu…
A 8h., les groupes rentrent au local, pour former
la société.
A 11h., sur la grand place, noire de monde les
gilles feront leur RONDEAU.
A 15h30, devant une foule accourue de partout, un
CORTEGE parcourra les rues principales de la localités.
Les parents et amis recevront l’offrande du
gille : une orange.
Le cortège se terminera vers 17h30 par un
RONDEAU sur la place Albert Ier
LE LUNDI DU FEUREU
Dès le matin, les sociétés parcourent
librement la localité et rendent visite à leurs membres-protecteurs et aux
personnalités.
La " jeunesse " fait une
sortie a la viole.
a 18h30, le CORTEGE DU SOIR des sociétés
locales prend le départ de la place du Marché.
La foule attend tout le long du parcours. Au fur
et à mesure du passage du défilé, elle s’entasse derrière les groupes.
Bras-dessus, bras-dessous, en dansant, elle accompagne les gilles et les paysans
jusqu’à la place Albert Ier pour vivre en communion avec eux l’apothéose
du carnaval du Feureu.
Les groupes forment un rondeau autour d’un
bûcher – LE FEU – allumé au centre de la place, tandis qu’un grandiose
feu d’artifice éclaire la nuit, déclenchant les cris admiratifs des
spectateurs.
La danse n’est pas finie.
Après le rondeau, les sociétés, suivies de
dizaines d’amis, continueront à danser, avec quelle frénésie, au rythme des
tambours…
Ainsi s’achève la fête du renouveau.
CERCLE D'HISTOIRE
ET D'ARCHEOLOGIE DE MORLANWELZ
Contact: Maurice VASSART
Président
Rue Eugène Dufossez, 98
7140 MORLANWELZ