Les Carnavals de Morlanwelz 2001
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Réminiscences …

A Morlanwelz, à Carnières, à Mont-Sainte-Aldegonde, le carnaval a conservé jusqu’à nos jours, son caractère profondément populaire et traditionnel.

D’où nous vient-elle cette mascarade toujours si vivace et si appréciée ?

Tous les historiens du folklore sont bien d’accord pour lui reconnaître des racines lointaines… Elles semblent aussi vieilles que le monde…

Le rondeau du matin

Le Traditionel Rondeau du Matin à Morlanwelz

Le Rondeau du Matin à Morlanwelz

Depuis la plus haute antiquité, il y a association de la danse et du masque dans les pratiques rituelles, magiques ou religieuses. Progressivement, la danse masquée a perdu sa signification mythologique pour devenir un divertissement.

Nos officiants contemporains locaux réalisent-ils encore la signification symbolique de leur acte?

Sans doute pas. Mais sous le couvert d’un amusement, ils s’imposent des principes qui sont redevenus des rites obligatoires aussi sacres pour eux qu’ils ne l’étaient pour leurs ancêtres.

L’histoire recommence…

L’évangélisation de nos contrées amena des bouleversements dans les pratiques du culte. Les coutumes païennes, si elles furent remplacées par les usages chrétiens, n’en survécurent pas moins, tout naturellement dans des fêtes populaires.

Par exemple, la longue période de jeûne d’avant-pâques est précédée de réjouissances collectives :

A Morlanwelz, c’est le dernier jour avant le carême primitif, le dimanche de quadragésime : on allume le grand feu, que dans notre région on traduit par FEUREU.

A Mont-Sainte-Aldegonde, la fête a lieu au seuil du carême actuel, le MARDI-GRAS.

A Carnières, c’est la date du Laetare, la mi-carême, qui avait été choisie ; depuis 1982, le carnaval a lieu le DIMANCHE SUIVANT LE LAETARE

La tradition du carnaval existe chez nous depuis une date imprécisable.

 

Nous savons qu’en 1797, l’autorisation de se masquer et de se travestir le jour des grands feux a été accordé à l’ensemble des communes du canton de Binche. Serait-il téméraire de penser que les morlanwelziens d’alors n’auraient pas profité de cette largesse de l’administration républicaine ?

La présence de gilles est connue au Feureu de Morlanwelz de 1862.

Dans les dernières décades du 19ème siècle, le gille était bossé et habillé d’un costume de toile, avec pèlerine, bas de pantalon et poignets à larges rubans, souvent bouffants ; des étoiles et des lions noirs, rouges et jaunes ornaient la blouse et le pantalon. Le gille portait à la ceinture un collier de sonnettes, souvent à deux rangées.

Les Gilles

Ses sabots se terminaient par une pointe recourbée, comme une corne. Son chapeau était du type " garde civique ", garni d’un bouquet de petites plumes retombantes rouges et blanches.

Un long ramons et un panier en osier ou en fil de fer complétaient la tenue.

Ce costume était de fabrication locale.

Peu à peu, le carnaval s’est organisé sous l’égide de l’administration communale et d’une association de commerçants.

On institua un cortège des sociètés locales, grossi par plusieurs sociétés étrangères. Il y avait à cette époque plus de groupes de " fantaisie " que de sociétés de gilles.

Vers 1900, sans doute pour imposer la royauté du gille, le chapeau fut allongé grâce à l’emploi de plumes d’autruche.

Le costume du gille et le chapeau du paysan sont maintenant loués dans des maisons spécialisées des environs.

LE GILLE, PERSONNAGE DE LEGENDE…

L’origine du gille est toujours une énigme .

Faut-il encore proposer les fêtes fastueuses organisées en l’honneur de la visite du prince Philippe, fils de Charles-Quint, en 1549 à Binche et, singulièrement le banquet et le tournoi des 28 et 29 août au château de Mariemont.

" Il y eu là un concours de 20.000 personnes " qui assistèrent au festin royal servi par "  des nymphes vêtues à la Florentine en toile d’argent rayée de violet,… collerette en toile d’or… " ou

" des pastourelles portant vêtement d’azur tramé d’or… petites gibecières en toile d’or… petits chapeaux ayant la forme des cuvettes en usage à la campagne… " ou bien encore par les " Oréades,… accompagnées de chasseurs, en habit de chasseur ayant la forme d’une jaquette de paysan, en toile d’or richement frangée… "

Invités et spectateurs assistèrent aussi au simulacre du siège d’un fortin dans lequel étaient enfermées quatre nobles dames masquées, à la mode du temps, enlevées à Binche par des chevalier déguisés en sauvage. Quatre cents cavaliers, six cents fantassins et de l’artillerie furent établis devant le " château fort ". Trente gentilshommes le défendaient avec soixante fantassins. Ce fut un siège en règle. La place fut prise, les vainqueurs délivrèrent les quatre belles prisonnières.

" Telle fut la fin de cette journée… Dans le palais, cependant, on exécuta encore des mascarades qui, pour la richesse ne le cédèrent pas aux autres. "

Les fêtes continuèrent à Binche par un nouveau festin et un bal, non moins somptueux.

Le samedi 31 août, le cortège impérial prit la route de Mons.

Le souvenir de ces festivités a-t-il marqué les habitants des villages environnant Mariemont, à un point tel qu’il puissent inventer pour leurs réjouissances d’avant carême, une commémoration de l’exhibition, - non démontrée et rapportée uniquement par tradition orale – d’un indien d’Amérique emplumé, lequel se serait au fil du temps métamorphosée en gille ? Il est tentant de le croire mais les récits d’époque ne contiennent que quelques maigres allusions à des détails vestimentaires de nos carnavaleux.

Ce n’est qu’une jolie légende, malheureusement. Mais, elle a la vie dure. Encore de nos jours, elle est citée comme une vérité indestructibles.

Les Petits Jardiniers

PANORAMA DES JOURNEES CARNAVALESQUES.

Le carnaval de Morlanwelz dont les journées du Feureu constituent la féerique apothéose, se prépare plusieurs semaines à l’avance selon un calendrier immuable.

Parfois avant le nouvel an, mais le plus souvent courant janvier, ce sont les répétitions en batterie, un samedi soir, au local. Les tamboureurs sont groupés à une table. Ils attendent le signal. 

Le chef de batterie se lève et saisit son tambour. Il en caresse la peau satinée.

Les baguettes tremblent d’impatience dans ses mains ; quelques coups d’essai… les autres tamboureurs se sont levés, ont attaché leur tambour. Le batteur de caisse attend. Tout est prêt. Les sociétaires se taisent, anxieux, attentifs comme à un concert.

Le président commande : Tambour… Les baguettes se lèvent, frappent.

Ah ! Ces premiers roulement de tambour…

En janvier, un samedi, chaque société "  fait sa soumonce en batterie ", comme on dit dans le jargon carnavalesque. On annonce le carnaval. Nos danseurs font leurs premiers pas dans la rue à cette occasion ; ils sont travestis : sarrau bleu, casquette de soie noire sur la tête, mouchoir rouge autour du cou, sabots aux pieds, apertintailles à la ceinture et ramons à la main. Tambours et caisses marquent le pas. Les sabots claquent sur le sol, le martèle. Les ramons battent la mesure.

Chaque samedi, à la soirée, plusieurs sociétés, suivies de leurs " supporters " parcourent ainsi le centre de la cité et rendent visite au local des autres sociétés.

Le dimanche précédant le dimanche gras, tous les groupes sortent, accompagnés cette fois de leur musique complète, fanfare et batterie. C’est une soumonce très appréciées.

C’est un petit carnaval, disent les visiteurs.

Les participants sont tous déguisés : indiens emplumés, écossais, émirs,…

Tous ces travestis, luxueux ou modestes, exécutent la danse du gille. Mais ce n’est pas la dernière soumonce. Il y a encore celle du samedi gras.

Ecoutons deux passants :

intindéz les tambours

C’est l’soumonce des Vis Grands-Pés

I sont d’in l’Belle Hôtesse

I da bî’ in cint

D’min in wuit c’est d’ja l’carnaval

Les " Vis Grands-Pés "… Tous en chemise et bonnet de nuit, long caleçon blanc, un faux nez, en sabots, un bougeoir à la main, la chandelle allumée. La tenue est simple, volontairement.

Il suffit de visiter les armoires … Tout le monde peut participer ; on se présente au départ, Place Albert Ier à 6 heures du soir. La mise est modique, payée sur place. Et vous ferez soumonce, devant une batterie locale. Si vous êtes sceptiques, venez derrière la batterie. L’ambiance passe par-dessus les tambours. Vous serez conquis.

LE FEUREU, UN DES PLUS BEAUX CARNAVALS DE GILLES ET DE PAYSANS.

Nous sommes samedi, veille du Feureu.

Demain, c’est le grand jour ! Tout est préparé. Depuis longtemps, le gille a choisi son chapeau et passé marché avec son louageur. La semaine dernière, il a examiné son matériel !…

Le ramons, le panier à oranges, les sabots qui ont été ajustés car les brides doivent être bien fixées pour ne pas blesser le pied, les mouchoirs et les barrettes sont là, d’une blancheur immaculée, les cordons, les chaussons, enfin tous les accessoires, y compris les épingles de nourrice. La paille qui doit servir à bourrer le gille a été bien séchée et croquée. Les renons sont collés sur les sabot, entre le bout et la bride.

Le costume et le chapeau ont été enlevés chez le louageur ; dès leur arrivée au domicile du gille, tout est essayé, examiné, rien ne doit clocher…

Le chapeau est déposé dans une pièce bien chauffée pour gonfler les plumes, leur donner de l’ampleur.

Mais il est temps de se coucher…

LE DIMANCHE DU FEUREU

Le gille est levé tôt, quatre heures… après un solide déjeuner, il endosse son beau costume. le bourreur est là ; de sa main d’expert, il moule la paille sous la tunique et forme la bosse de poitrine et celle de dos.

Le parachèvement de la tenue est le droit de l’épouse ou de la mère. Elle porte la pèlerine, ajuste la barrette, noue le mouchoir sur la tête, rectifie un petit rien, deci, delà. C’est que son gille doit être le plus beau.

Dans la rue, on entend déjà les tambours. Il est cinq heures. Ce sont les amis de sa société qui viennent le prendre. Le roulement se rapprochent. La porte s’ouvre. Ce sont eux. Poignées de mains, accolades, un petit verre.

Le gille, prêt, nerveux, embrasse sa femme, se tourne vers le tambour et d’une voix qui crie sa joie et son bonheur, lance le commandement : tambour !

Et voilà ce petit groupe parti, dans la demi-obscurité du matin chercher un autre gille.

Le carnaval commence…

Morlanwelz est en fête. C’est le Feureu…

A 8h., les groupes rentrent au local, pour former la société.

A 11h., sur la grand place, noire de monde les gilles feront leur RONDEAU.

A 15h30, devant une foule accourue de partout, un CORTEGE parcourra les rues principales de la localités.

Les parents et amis recevront l’offrande du gille : une orange.

Le cortège se terminera vers 17h30 par un RONDEAU sur la place Albert Ier

LE LUNDI DU FEUREU

Dès le matin, les sociétés parcourent librement la localité et rendent visite à leurs membres-protecteurs et aux personnalités.

La " jeunesse " fait une sortie a la viole.

a 18h30, le CORTEGE DU SOIR des sociétés locales prend le départ de la place du Marché.

La foule attend tout le long du parcours. Au fur et à mesure du passage du défilé, elle s’entasse derrière les groupes. Bras-dessus, bras-dessous, en dansant, elle accompagne les gilles et les paysans jusqu’à la place Albert Ier pour vivre en communion avec eux l’apothéose du carnaval du Feureu.

Les groupes forment un rondeau autour d’un bûcher – LE FEU – allumé au centre de la place, tandis qu’un grandiose feu d’artifice éclaire la nuit, déclenchant les cris admiratifs des spectateurs.

La danse n’est pas finie.

Après le rondeau, les sociétés, suivies de dizaines d’amis, continueront à danser, avec quelle frénésie, au rythme des tambours…

Ainsi s’achève la fête du renouveau.


CERCLE D'HISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE DE MORLANWELZ
Contact:  Maurice VASSART
              Président
              Rue Eugène Dufossez, 98
              7140 MORLANWELZ